Les musulmans de France à la croisée des chemins.

Les tragiques événements, que la France a connu en fin d’année dernière, ont accentué les interrogations et les craintes que pouvaient connaître une partie de la population envers l’Islam. Ainsi, les musulmans de France sont à la croisée des chemins entre rejet de la société et acceptation.

Pour en parler, Bernard Godard, conseiller ministériel en charge de l’Islam, et Ahmed Miktar, imam de la mosquée de Villeneuve d’Asq et chroniqueur sur Radio Pastel.

Ils tirent alors un constat sur la situation des musulmans en France et posent la question de la formation des imams.

Aujourd’hui de nouveaux enjeux sont nés à la suite des attentats de novembre dernier. Ainsi, il faut continuer le travail d’insertion, qu’il soit en France ou en Europe même si celui-ci ne semble plus suffisant. Désormais, il est nécessaire d’expliquer ce qu’est l’Islam, quels en sont les principes, les objectifs, les pratiques … Ce nouvel enjeu semble indispensable pour réussir au mieux l’insertion des musulmans.

Cependant, la tâche est rendue difficile par l’hostilité grandissante et nouvelle envers l’Islam. On assiste, en effet, à une méfiance qui se généralise au sein de la population. Néanmoins, il est important de préciser, que l’action politique ou juridique, en France, favorise globalement la place occupée par les musulmans en France. Les constructions de mosquées ont, par exemple, connu une expansion considérable lors de la dernière décennie (près de 2300 aujourd’hui).

En outre, cette augmentation des mosquées en France nécessite un recrutement important d’imams. Or, la France connaît une pénurie d’imams qualifiés depuis 15 ans. Celle-ci entraîne parfois l’auto-proclamation de pseudo-imam qui peut poser problème.

C’est pourquoi, la question de la formation des imams en France est déterminante pour répondre aux attentes et aux objectifs des musulmans d’une société plus pacifiée autour de la question de l’Islam.

Pourtant, on constate que la réponse donnée est loin d’être satisfaisante. On assiste à une émigration des futurs imams dans leur pays d’origine afin qu’ils se forment pour ensuite revenir en France enseigner l’Islam. Ces pratiques restent problématiques, la réalité des pays étrangers est effectivement bien différente et les outils de formation utilisés ne seront pas les mêmes. On se retrouve alors avec des imams formés à l’étranger et en décalage avec la réalité française.

Toutefois, il est important de noter qu’on constate une évolution spectaculaire s’agissant de la francophonie chez les imams en France. En 2003, deux tiers d’entre eux ne parlaient que très peu ou pas le français, ce nombre s’étant considérablement réduit en 2016.

Les musulmans de France doivent donc continuer leur travail d’insertion dans la société cumulé désormais d’un besoin d’explication de leur religion. Deux missions qui seraient notamment facilitées par une meilleure prise en charge de la formation des imams en France.

Driss