Musulmans de France : éthique et politique

En pleine campagne électorale pour la présidentielle 2017 et à l’approche du 1er tour le 22 avril, l’éthique revient au plus fort sur le devant de la scène politique française. Après une série de récentes révélations, certains des candidats à l’élection font toujours l’objet d’enquêtes judiciaires. Des affaires qui ont occupé beaucoup de place dans le débat public au point d’éclipser les principales préoccupations des citoyens français : emploi, retraite, sécurité, Europe… Enfin presque. Parce que pendant ce temps, les agendas politiques et les projecteurs médiatiques se sont une nouvelle fois synchronisés pour se braquer sur les musulmans et l’islam dans un contexte de défiance accru ces dernières années. L’islam, en tant que philosophie de vie, n’apporte-t-il pas justement des réponses en matière d’éthique ? Et face à l’adversité et aux épreuves, la tradition prophétique n’est-elle pas aussi une riche source d’enseignement ?

 

Retour de l’éthique dans le débat public

Une éthique régule l’action et la conduite morale et en ce sens repose sur un groupement de principes et de valeurs qui peuvent émaner d’une inspiration religieuse, idéologique voire même individuelle. Mais dès qu’il s’agit d’occuper les plus hautes fonctions de responsabilités publiques, nous conviendrons que même la plus souple des éthiques exigerait probité, transparence et exemplarité, surtout lorsque qu’il s’agit d’argent public. Et pourtant, les dernières affaires politico-judiciaires en date nous laissent perplexe quant au sentiment d’impunité et l’irresponsabilité affichés par beaucoup de nos dirigeants politiques. Mais n’est-ce pas là finalement que le reflet du glissement des valeurs morales promues dans cette société Moderne (au sens philosophique) ?

En islam, et au-delà simplement des notions de licite et d’illicite, il existe un ensemble de valeurs morales formant l’éthique islamique poursuivant un but clair, celui de garantir le bien-être des individus, de la cellule familiale et plus largement permettre la vie en société. La conduite vertueuse, celle qui nous pousse à faire le bien et répandre la bonne parole (Coran 3:110), constitue le principe directeur du modèle de comportement musulman. C’est ainsi que l’on retrouve l’aumône, la maîtrise de soi et le pardon comme des qualités essentielles en islam (Coran 3:133-134). Dans l’engagement et l’action, d’autant plus lorsqu’elle est publique, Dieu nous enjoint à la sincérité, l’honnêteté et la bonne intention; le corollaire étant la lutte contre la corruption sous toutes ses formes, dans les mœurs, les esprits, les pratiques :

 

« Et [sont pieux] ceux qui respectent leurs engagements lorsqu’ils s’engagent, […] Les voilà, ceux qui sont sincères et les voilà ceux qui craignent vraiment Dieu. » (Coran 2:177)

 

L’islamophobie, le fonds de commerce récurrent

L’éthique s’est immiscée dans le débat public en ce début d’année mais le fait est que le fonds de commerce préféré des candidats aux plus hautes fonctions de l’État est resté le même depuis des années. Telles des horloges qui sonneraient à la même heure dès qu’une échéance électorale approche. Dissimulés sous les thèmes de « sécurité », de « laïcité », d’« immigration » ou d’« égalité hommes-femmes », on comprend bien sans tomber dans la paranoïa que l’islam et ses pratiquants musulmans sont visés.

Face à cette situation récurrente de défiance alimentée par la récupération politico-médiatique, quelles réponses individuelles et collectives apporter en tant que musulmans français ? Comme dans bien des domaines, la tradition prophétique nous éclaire et nous permet d’envisager des solutions à nos problèmes contemporains. Car quiconque a médité la vie du Prophète sait le chemin parsemé d’épreuves qui a été le sien du tout début et jusqu’à la fin. Ce n’est qu’en faisant preuve d’endurance, de persévérance et de miséricorde que notre Messager a pu mener à bien sa mission auprès des hommes ici-bas. Faire preuve de patience et de sang froid dans l’adversité est signe de piété et Dieu nous le rappelle régulièrement dans le Coran :

 

« […] ceux qui sont patients en période de tribulations, d’adversité et de grande tension. » (Coran 2:177)

« Dieu aime ceux qui sont patients. » (Coran 3:146)

 

En tant que croyants, il serait bien opportun de s’inspirer du comportement empreint de sagesse de notre Prophète et des recommandations divines que l’on vient d’évoquer. En ce sens, ne tombons pas dans le piège des marchands de peur partis faire la quête aux bulletins de vote en ce printemps 2017. Face aux attaques, à l’injustice et la calomnie, demeurons solides, sereins et défendons-nous dignement et noblement avec les outils du 21e siècle : le discours –à travers la reconquête du champ des idées, du savoir et de la culture–, l’organisation, et la représentativité. Continuons donc de nous investir dans le tissu associatif, le monde de l’entreprise, dans la vie publique. Prenons le contre-pied de cette situation où nous sommes malgré nous placés dans la lumière en se saisissant de l’opportunité pour renouveler et renforcer notre encrage citoyen. Mes frères et sœurs musulmans français, je vous invite donc à plaider pour une foi sereine, une citoyenneté renforcée, et de l’endurance dans l’épreuve. Le temps de Dieu est un temps long. Courage et paix sur vous.

 

E.AMRO